Chers Voisins de transport, la RATP vous remercie !

Cher voisin de transport, un succès d’audience et de participation

Le lancement de Chervoisindetransport.fr le 29 juin dernier a constitué la première étape d’une campagne dédiée aux incivilités, au cours de laquelle la RATP a pu écouter ses voyageurs et clients afin de nourrir sa réflexion sur cette thématique importante. Avec plus de 150 000 visites uniques, 1 200 contributions postées et 130 000 votes effectués, le site Chervoisindetransport.fr a tenu grâce à vous son pari, et constitue une véritable caisse de résonnance des anecdotes vécues sur le réseau.

Mais même les meilleures choses ont une fin

Aujourd’hui, après 4 mois d’existence, le site Chervoisindetransport.fr ferme ses portes à la participation. Vous pouvez toujours visiter le site pour relire les messages postés, et si vous souhaitez aller plus loin sur le sujet des incivilités, vous trouverez un Livre Blanc issu de l’ensemble de la prise de parole de la RATP en cliquant sur http://www.ratp.fr/livreblanccivilite/. Enfin, parce que la qualité de vos contributions et l’authenticité de vos témoignages constituent une matière riche d’enseignements, la RATP a fait appel à deux sociologues pour rédiger une analyse que vous pouvez découvrir ci-dessous. Bonne lecture !

Les auteurs

  • Julien DAMON


    est professeur associé à Sciences-Po (Master d’urbanisme), titulaire d’une thèse et habilité à diriger des recherches en sociologie. Au-delà de ses diverses responsabilités universitaires, sa légitimité sur le sujet des incivilités se fonde sur de nombreux ouvrages (Les incivilités, problèmes Politiques et Sociaux, n° 836, La Documentation française, 2000, L’exclusion, Puf, « Que sais-je ? », 2008, Vivre en ville. Observatoire mondial des modes de vie urbains, Puf, 2008… entre autres), ainsi que sur ses responsabilités éditoriales au sein de comités de rédactions de différentes revues spécialisées (Futuribles, Revue française des affaires sociales, Urbanisme, Revue de droit sanitaire et social…)
  • Pierre-Yves CUSSET


    est un ancien élève de l’ENS de Cachan et agrégé de sciences économiques et sociales. Chargé de mission au Centre d’analyse stratégique, il est l’auteur du Lien social (éditions Nathan) et a animé avec Olivier Galland et François de Singly un groupe de travail sur l’avenir de la sociabilité et des liens sociaux. Les questions de vivre-ensemble sous-jacentes à la problématique des incivilités font donc partie de son domaine d’expertise reconnu.

Les raisons d’une prise de parole de la RATP sur les incivilités

C’est à la fin des années 1990 qu’est véritablement apparu un débat sur la montée des incivilités. On a reproché au concept son indétermination : les incivilités désignent-elles des atteintes qui ne tombent pas sous le coup de la loi ou bien de la petite délinquance non sanctionnée en raison des capacités limitées de l’appareil judiciaire ? De fait, les incivilités regroupent des phénomènes disparates, depuis les actes de salissure et de dégradation jusqu’aux conflits à propos du bruit ou des occupations d’espace en passant par les contacts agressifs ou discourtois. Parce qu’elles constituent une réalité aux contours relativement flous, il n’est pas aisé de produire une mesure de leurs évolutions.

Le développement des incivilités, qu’il soit réel ou simplement ressenti, constitue une question importante non pas simplement pour la RATP, mais pour la société dans son ensemble : les transports en commun forment un miroir grossissant de phénomènes et d’évolutions plus larges…

Consciente de cette problématique, c’est dans ce but que la RATP a lancé Chervoisindetransport.fr, sur lequel un total de près de 1 200 messages a été posté, donnant lieu à presque autant de commentaires et à plus de 130 000 votes. Comment classer les différentes formes d’incivilités ? Le site a proposé à ses utilisateurs de poster leurs anecdotes dans cinq catégories que l’on classe par nombre décroissant de messages postés :

  • 1. « Chers sans gêne » (sous-titré « courtoisie ») : 318 messages
  • 2. « Chers impolis » (sous-titré « politesse ») : 267 messages
  • 3. « Chers bousculeurs » (sous-titré « respect ») : 216 messages
  • 4. « Chers déposeurs de déchets » (sous-titré « propreté ») : 198 messages
  • 5. « Chers gêneurs sonores » (sous-titré « bruit) : 147 messages

Cette classification est pertinente puisque les visiteurs du site s’y retrouvent, même si l’on trouve dans les commentaires quelques discussions sur le classement d’une anecdote dans telle ou telle catégorie. Une autre classification de ces incivilités, proposée ici, permet d’adopter une lecture plus sociologique du phénomène et de le relier à des évolutions plus larges.

Les incivilités liées à la gestion du mouvement

Mon cher voisin de transport,
j’aime à penser que lorsque tu essaies de monter dans la rame avant que les gens n’aient pu descendre, cela témoigne davantage d’une certaine force de caractère, d’une volonté d’être à contre-courant, que d’un esprit par trop étroit et mesquin .

Mes chers voisins de transport,
imaginer que votre pass navigo va bipper au travers du 3.5 tonnes de sac à main que vous transportez, de la trousse de maquillage, du rapport à rendre, du doudou de bébé, au travers des ballerines de rechange, du badge entreprise, des petits chocolats, de la bouteille d'eau, du magazine, des mouchoirs, du téléphone, du pull, des stylos, du parapluie et autres choses utiles, non je confirme, ce n'est pas possible.

La majorité des événements codés comme « incivilités » sont liés à des problèmes de gestion du mouvement. Le message cité en exergue est celui qui, de tous les messages, a reçu le plus de votes « j’aimerais que ça change » (849). Les auteurs d’incivilités peuvent être ou bien des personnes qui cherchent à aller plus vite que le reste de la foule ou bien au contraire des voyageurs plus lents : passagers immobiles sur les escalators et qui restent sur la gauche, clients à la recherche de leur passe Navigo en station devant les tourniquets, petits groupes de touristes marchant de front dans les couloirs du métro.

La probabilité de voir apparaître des comportements considérés comme incivils croît « naturellement » lorsque les flux de circulation augmentent. Cette observation relativement triviale suggère qu’une partie de la solution aux problèmes des incivilités réside dans une meilleure gestion des flux de circulation.

Lorsque la situation devient vraiment critique, certains voyageurs victimes de bousculades reconnaissent pouvoir être, à leur tour, bousculeurs, puisque parfois, laisser passer un métro ne conduit qu’à voir arriver un métro à nouveau bondé. A propos de la technique qui consiste à rentrer dans la rame à reculons, en poussant de sa main le panneau qui se trouve au-dessus de la porte du wagon, un commentateur reconnaît : « Je comprends les 2 parties... j'ai déjà utilisé cette technique après avoir laissé passer 4 métros bondés un jour de perturbations et après une longue journée de travail. Mais j'ai également haï ceux qui ont fait de même à la station d'après :-) ».

Ma chère voisine de transport,
Tu souhaites probablement afficher ton engagement politique ou ton esprit de rébellion, mais dans les couloirs, dans les escaliers et sur les escalators, c'est à DROITE qu'il faut te placer si tu es lente ou à l'arrêt

La circulation piétonne, en tout cas en ville, même si elle est moins codifiée que la circulation routière, répond à des règles implicites que suivent la majorité des individus. Par exemple, si le code de la route stipule que lors d’un croisement sur une route étroite de montagne, c’est au véhicule qui descend de céder le passage (car il est plus facile de redémarrer dans une descente que dans une montée), la circulation au sein d’un espace urbain est régie par des règles du même type, quoi qu’elles ne soient écrites nulle part. L’une des solutions, proposée à plusieurs reprises dans les commentaires du site chervoisindetransport.fr, serait justement de rendre ces règles plus explicites. Un commentateur « rêve » ainsi de « panneaux "gardez votre droite" tels que ceux que l'on trouve sur les travelators à Châtelet-les-Halles sur tous les escalators du réseau.. ».

Les incivilités liées à la manifestation de certaines fonctions physiques

Mon cher voisin de transport,
Que tu souhaites nettoyer le sol du métro, c'est tout à ton honneur. Que tu le fasses en crachant par terre et en étalant bien avec la semelle de ta chaussure, je doute que cela soit efficace... j'espère que tu n'appliques pas la même conception du ménage chez toi

Ma chère voisine de transport,
Ravi de constater que ton hygiène corporelle te tient à coeur, mais si tu peux éviter de te couper les ongles pendant mon trajet, ça m'évitera d'avoir envie de vomir mon petit dej. Bisou…

Le sociologue Norbert Elias (La civilisation des mœurs, 1939) s’est beaucoup intéressé à l’évolution du comportement de l’homme en société et notamment au « processus de civilisation ». Celui-ci repose pour une bonne part sur la domestication de l’agressivité mais aussi sur l’adoption de règles de plus en plus restrictives relatives aux « convenances extérieures » qui tendent à dresser entre les corps une frontière invisible.

Mon cher voisin de transport,
Je trouve magnifique que vous puissiez encore vous émerveiller devant la parfaite crotte de nez que vous venez d'extraire de vos naseaux. Mais je trouve scandaleusement irrespectueux de l'écraser ensuite sur le siège voisin et de poursuivre votre mission spéléologique alors même que je vous fixe avec dégoût et effroi. Ou alors vous avez un problème et ça s'appelle la rhinotillexomanie.

Il n’est pas étonnant que toute une série de comportements jugés incivils par les contributeurs du site chervoisindetransport.fr concernent la manifestation de certaines fonctions physiques jugées aujourd’hui taboues après plusieurs siècles de processus de « civilisation » des mœurs. Et il n’est guère étonnant non plus que ce soit dans l’espace confiné d’une rame de métro ou d’un RER que soit ressentie le plus douloureusement la proximité des corps.

Ma chère voisine de transport,
Dans cette rame bondée du RER qui incite, bien malgré nous, aux rapprochements des corps et des visages je n'oublierais jamais ce geste charmant que tu as eu de te détourner de la fenêtre pour m'éternuer en pleine figure. C'est trop aimable pour cette fenêtre qui craignait sans doute davantage tes microbes que moi. Tes mains, sagement posées sur le strapontin auraient pourtant pu la protéger efficacement... ou me protéger moi, éventuellement.

L’observation générale tient d’une sensibilité croissante des individus à la manifestation en public de ces fonctions physiques du corps. Les préoccupations d’hygiène et de santé publique sont venues renforcer et rationaliser une mise à distance de ces manifestations qui était déjà bien avancée. On en a eu un aperçu lors de la crise de la grippe H5N1 : tout ce qui pouvait donner lieu à une éventuelle contamination (éternuement par exemple) est devenu on ne peut plus suspect.

Les incivilités liées à des conflits de territoires

Mon cher voisin de transport,
j’apprécie quand, malgré la forte affluence, tu restes accroché à ton strapontin comme un alpiniste à la paroi rocheuse : je me dis alors qu’un jour peut-être, avec un peu de chance, tu finiras bien par avoir le vertige.

Le célèbre sociologue canadien Erving Goffman considère que la vie quotidienne, surtout en contexte urbain, est rythmée par la défense des territoires personnels. Les conflits de ce type font l’objet du plus grand nombre d’anecdotes et de commentaires sur le site chervoisindetransport.fr. On trouve quatre anecdotes de ce type parmi le « top 10 » des incivilités.

Mon cher voisin de transport,
Quand une femme enceinte s'approche pour te demander si cela te dérangerait de lui céder ta place, souviens toi que répondre que ce n'est pas une maladie et te replonger dans ton livre n'est pas la plus courtoise façon de traiter la question

Un message relatif aux passagers qui restent sur le strapontin en situation d’affluence arrive ainsi en troisième position des messages les plus « populaires » (799 « j’aimerais que ça change »). Un message relatif aux voyageurs qui ne cèdent pas leur place aux femmes enceintes arrive en cinquième position (710 « j’aimerais que ça change ») mais fait aussi l’objet de 250 « je ne vois pas où est le problème » et de 36 commentaires à lui tout seul.

Ma chère voisine de transport,
Seriez-vous une forme d'amibe dépourvue de colonne vertébrale, pour avoir à ce point besoin de vous vautrer sur la barre ?

Certaines incivilités font consensus contre elles : l’usage du strapontin en période d’affluence et le fait de s’adosser à la barre centrale du métro. Plusieurs commentateurs proposent d’ailleurs leurs stratégies de lutte contre ces comportements, stratégies elles-mêmes commentées, de façon positive ou négative. Ainsi, un voyageur confesse : « en cas de forte affluence, je n'hésite pas à manquer d'équilibre et bousculer les scotchés au strapontin. Jusqu'à présent cela marche, et sans un mot de ma part... ». Un autre avoue que face aux clients qui s’adossent à la barre centrale du métro, il met « la main au niveau des omoplates et les phalanges bien dans le dos de la personne, en bougeant pour bien lui faire comprendre qu'il ne s'agit pas d'un relief de la barre. Effet garanti ».

Ma chère voisine de transport,
je sais que du haut de vos 40 ans vos fins de journées sont très fatigantes, mais me refuser la place prioritaire car je suis enceinte a seulement 17 ans est plutôt ridicule et humiliant !

Le cas est assez différent pour ce qui est de la priorité que l’on doit laisser aux femmes enceintes ou aux personnes accompagnées de jeunes enfants. Ce sont les anecdotes relatives à ce type de situations qui sont de loin les plus nombreuses et les plus commentées. Et le nombre de commentaires s’explique par l’absence de consensus sur le jugement que l’on porte sur ce type d’incivilités. L’ordre de priorité ne va pas toujours de soi. Ainsi, un voyageur commente : « Désolé de ne pas me lever de mon siège lorsque j'ai un mal de dos infernal qui m’empêche de rester debout. J'ai 31 ans et mon mal de dos à moi, il est invisible. Personne ne va se lever pour me laisser sa place ». Une autre s’offusque : « être enceinte n'est quand même pas un handicap ». Certains clients regrettent, de surcroît, que les personnes prioritaires ne soient pas toujours très reconnaissantes vis-à-vis des personnes qui leur cèdent la place.

Il existe, surtout dans les bus, un véritable conflit autour des poussettes. De nombreuses anecdotes tournent autour du fait que les femmes avec enfants ne prennent pas la peine de plier leurs poussettes, surtout lorsque celles-ci sont utilisées comme des caddies pour porter les courses. Un client s’indigne : « En période de pointe, alors que tout le monde met du sien pour occuper le moins d'espace, seules les poussettes pliables (et pliées !) devraient être acceptées dans les bus. Et non, on ne fait pas ses courses en période de pointe, comme on ne met pas son vélo dans le métro lorsqu'il est bondé. Un peu de bon sens ! ».

Les incivilités liées au brouillage de la frontière espace public/espace privé

Mon cher voisin de transport,
n'oublie pas d'adresser mes amitiés à Maurice, Antoine, Nathalie et Claire quand tu les verras en sortant. Non je ne les connais pas… mais quelque part c'est aussi un peu mes amis maintenant qu'on a tous partagé ta grande conférence métro-téléphonique

Mon cher voisin de transport,
C'est vrai, "Sans la musique la vie serait une erreur" disait Nietzsche. Mais sans le grésillement de tes écouteurs à plein régime sur une musique électro à 8h du matin, la vie serait tout simplement plus agréable...

Cette catégorie d’incivilités regroupe en fait deux types de situations : des situations d’intrusion d’éléments privés dans l’espace public (discussions au téléphone, écoute de baladeur sans les écouteurs, séance de maquillage) et des situations de dévalorisation de l’espace public, considéré par le voyageur comme ayant moins de valeur que l’espace privé (jet de détritus, chewing-gum collé sur le siège, etc.). Dans les deux cas, les messages sur chervoisindetransport.fr sont nombreux. Un message relatif à un voyageur qui a laissé sa canette vide dans la rame du métro arrive en deuxième position des messages les plus populaires (828 « j’aimerais que ça change »), tandis qu’un autre, relatif à un client qui utilise son téléphone sans discrétion arrive en quatrième position (752 « j’aimerais que ça change »).

Mon cher voisin de transport,
Merci de nous avoir laissé ta canette en partant. La voir rouler entre les pieds des autres est une source de divertissement inépuisable.

Les incivilités qui sont dans cette catégories renvoient donc, d’une part, au fait de faire des choses dans l’espace public que l’on ne devrait faire que dans l’espace privé, et, d’autre part, au fait de faire des choses que l’on ne ferait même pas dans l’espace privé.

La définition de ce qu’est l’espace public et de ce qui le distingue de l’espace privé ne semble donc pas (plus ?) toujours aller de soi : l’espace public est-il l’espace qui est à tout le monde ? Celui qui n’est à personne ? Est-il plus sacré que l’espace privé ? Ou au contraire, a-t-il une moindre valeur ?

Ma chère voisine de transport,
Quel bonheur de voir durant l'été tous ces petits petons joliment parés de mille et une couleurs. Malgré tout, vous est-il possible de retirer le vernis de vos ongles de pied à un autre moment de la journée et pourquoi pas chez vous, plutôt que dans ce métro déjà bien parfumé ?

Le brouillage des frontières entre espace public et espace privé pourrait découler d’évolutions macro-sociales assez profondes. L’individualisation désigne, en sociologie, le processus par lequel les individus ont peu à peu acquis la capacité à se définir par eux-mêmes et non uniquement en fonction de leur appartenance à telle ou telle entité collective. Le haut degré d’individualisation auquel on est maintenant parvenu se traduit par deux traits majeurs : d’une part, les liens deviennent plus électifs et donc également plus fragiles, d’autre part, les individus aspirent à pouvoir exprimer leurs spécificités, les différentes dimensions de leur identité, valorisant une logique d’« authenticité » en toutes circonstances. Dans ce contexte, l’espace public devient un véritable OVNI : il est en effet le lieu de la rencontre avec des anonymes (terme contradictoire avec la logique d’authenticité) non choisis (terme contradictoire avec la logique d’électivité).

Les incivilités liées à un non respect des rituels d’interaction

Mes chers voisins de transport,
nous sommes tous dans les mêmes galères … mais sachez qu’un petit sourire, un pardon ou même un merci peut parfois égayer son trajet … nous ne sommes pas encore des bêtes, même si parfois nous en avons l’impression

Ces incivilités sont assez peu commentées par les visiteurs de chervoisindetransport.fr, sans doute parce qu’elles sont moins spécifiques aux situations que l’on trouve dans les transports en commun que les autres types d’incivilités mentionnées jusqu’ici.

Mais si ces incivilités ne sont pas très spécifiques, elles sont sûrement fréquentes. La densité humaine que l’on trouve dans les transports en commun rend très probable tant les offenses territoriales que les manquements aux rituels qui permettent de les rendre plus acceptables.

Pour aller plus loin : remarques sur la campagne «  restons civils »

La plupart des commentaires postés sur le site Chervoisindetransport.fr à propos de la campagne elle-même sont enthousiastes. Le traitement par l’humour de la thématique semble plébiscité. Et en même temps, on sent un certain scepticisme chez les commentateurs : les voyageurs les plus incivils vont-ils être touchés par cette campagne de sensibilisation ? Du coup, certains jugent la campagne trop « gentille » avec les clients incivils.

En tout état de cause, les enquêtes menées à intervalle régulier sur les valeurs des Français montrent que ces derniers, s’ils souhaitent davantage de liberté dans la vie privée, réclament aussi davantage de règles dans la vie collective.

Cette demande d’autorité transparaît bien à la lecture de certains commentaires du site chervoisindetransport.fr. Au fond, on sent une frustration chez nombre de clients, qui ont le sentiment que la majorité réprouve les comportements incivils, mais qu’un « nous » de voyageurs civils n’arrive pas à émerger et à se faire entendre. Un contributeur fait ainsi remarquer : « si tous les usagers faisaient régulièrement des remarques aux personnes impolies qu'ils croisent durant leur trajet (bousculades, places assises, téléphones portables, MP3 un peu fort, etc.) gentiment et calmement, cette campagne n'aurait certainement pas existé ».

L’enjeu de la campagne « restons civils » est peut-être bien là : parvenir, en jouant sur la connivence avec la majorité des voyageurs civils, à créer du « nous ».